Si vous désirez le changement, dites-le à Hamrouche !
P R O G R A M M E
Aujourd’hui, chacun d’entre nous doit s’interroger en son âme et conscience et doit prendre ses responsabilités.
Sommes-nous condamnés à vivre dans un climat de violence, de méfiance, de haine, de peur, de frustrations, de misère, de dislocation du tissu social et d’incertitude devant l’avenir ?
Jusqu’où cette situation peut-elle mener le pays, la société et chacun d’entre nous, si elle venait à se prolonger ?
N’existe-t-il pas une alternative crédible qui s’inscrive dans une dynamique d’avenir, qui préserve le pays, restaure la cohésion nationale, prenne en charge les ambitions et les préoccupations de chacun et préserve les intérêts essentiels de chaque catégorie sociale ?
La solution ne devient-elle pas urgente, au regard de l’état de délabrement du pays, de la société et de l’Etat, au moment où des nations opèrent les mutations, modifient les rapports de force et de domination et déplacent le champ de confrontation, vers les restructurations économiques, financières, commerciales et technologiques ?
Cela fera près de huit années que la violence se sera durablement installée dans le quotidien des Algériens, conséquence de l’accumulation et de l’exacerbation des clivages et tensions entre des mouvements de contestation traversant l’ensemble des composantes de la société et les tenants du statu-quo s’isolant de plus en plus de la société et enclins de plus en plus à l’autoritarisme, à l’opacité et à l’exclusion.
Une démocratisation contrariée
Pourtant, au lendemain d’octobre 1988, la dynamique des réformes a tenté de trouver une issue pacifique à la protestation et la contestation populaire en essayant de convaincre l’ensemble des Algériens de consentir au débat démocratique pour prendre en charge les exigences sociales et économiques les plus urgentes et pour donner une impulsion véritable à la libre expression des citoyens, à la séparation et à l’équilibre des pouvoirs et à l’exercice réel du contrôle démocratique des institutions.
Cette expérience démocratique de courte durée, unique dans les annales de l’Algérie, aura permis de faire aboutir quelques unes des revendications essentielles portées par la société.
C’est durant cette période qu’est adoptée une nouvelle constitution garantissant pour la première fois, les libertés individuelles et collectives, organisant la séparation des pouvoirs et le contrôle de
l’exercice de ceux-ci, que les libertés d’expression, d’association et d’information sont établies en même temps que sont mis en place les règles de droit garantissant et protégeant leur exercice.
C’est durant cette période aussi que seront adoptées des lois économiques et sociales qui rompent avec les privilèges, les passe-droits et les monopoles de l’économie, qui consacrent l’entreprise affranchie des tutelles bureaucratiques et des réseaux occultes, et la placent au centre des politiques économiques et de la concertation sociale.
De même seront mis en place les instruments institutionnels et juridiques d’une économie de marché qui s’appuie sur une dynamique interne portée par des entrepreneurs publics et privés ainsi qu’une politique financière qui soutient la production et l’investissement productif.
La monnaie et le crédit s’affranchissent des manipulations bureaucratiques tandis qu’une solution de responsabilité sera développée pour la dette extérieure par des négociations bilatérales et multilatérales pour un accès aux réseaux de financement privés adossés à un programme de réformes structurelles, librement décidées ayant recueilli une large adhésion au niveau interne et devant convaincre les partenaires de l’Algérie du sérieux et de la fiabilité des démarches d’assainissement, de restructuration et de redressement, engagées.
Dans le même sillage, des lois sociales modernes sont venues consacrer le droit d’association, les libertés syndicales, le droit des salariés à la participation au contrôle de l’entreprise et à la négociation sociale ; tandis que des ressources budgétaires sont allouées à l’amélioration des bas salaires, au soutien aux petites activités créatrices d’emplois et à la réalisation de logements.
Cette entreprise de construction difficile d’un véritable état de droit sera de courte durée et cédera, dans une conjoncture internationale défavorable, sous les coups conjugués des tenants de la radicalisation des tensions et de l’instrumentalisation des mouvements de contestation sociale d’une part, et des tenants d’une vision autoritaire de gestion de la société, d’autre part. Les uns et les autres sont plus préoccupés par le partage au sommet du pouvoir et le changement des hommes, que par l’émergence des citoyens, dans le champ politique.
En dépit des actions systématiques de falsification et de désinformation, cette action aura constitué un moment remarquable durant lequel des hommes de bonne volonté se sont associés dans un mouvement national de réformes ouvert sur la société pour entreprendre une œuvre
d’apaisement social, de réhabilitation de valeurs morales partagées et de construction d’un édifice démocratique mobilisateur des énergies et talents de notre peuple.
Cette entreprise se sera caractérisée par le courage et l’audace, la sérénité et la patience, l’ouverture et la tolérance, la transparence et le dialogue, la concertation et la négociation, le respect des citoyens, des institutions et du droit et enfin le refus systématique du mensonge et de la démagogie.
La remise en cause des réformes et leur démantèlement déboucheront sur des lois d’exceptions, sur la suspension des libertés et de l’exercice du droit, sur la violence et l’insécurité, sur la régression économique, sur l’exclusion sociale et sur la perte de confiance des Algériens en eux-mêmes et en leur capacité à surmonter la crise.
La violence s’est étendue peu à peu à l’ensemble du corps social et les victimes se comptent par dizaines de milliers.
Le bilan est lourd.
Des dizaines de milliers d’Algériennes et d’Algériens, issus de toutes les composantes de la société ont trouvé la mort : des paysans, des djounouds, des ouvriers, des intellectuels, des chercheurs, des journalistes, des policiers, des fonctionnaires, des magistrats, des avocats…
Le nombre de traumatisés, blessés, invalides, veuves et orphelins, souvent abandonnés à la misère et au désespoir, ne cesse d’augmenter.
Pour fuir l’horreur et l’insécurité, des dizaines de milliers d’Algériens ont été contraints de prendre le chemin de l’exode, des milliers de cadres le chemin de l’exil, tandis que des milliers de familles sont à la recherche de leurs proches, disparus.
Ceci sans compter les dégâts matériels considérables enregistrés, les écoles, usines et dispensaires détruits, les forêts brûlées, les maisons dynamitées.
Avec cette violence durablement installée, le pays prend un retard incommensurable en cette fin de 20ème siècle alors que le mouvement de l’histoire de l’humanité s’accélère dans le domaine du savoir, de la technologie et du progrès social.
Toutes ces questions, qui sont autant de défis, interpellent l’ensemble des citoyens et pour les aborder sereinement, il est nécessaire au préalable que soient identifiés les contours de la crise que vit le pays, sa nature et ses constituants.
Une crise profonde de société
Tout le monde s’accorde aujourd’hui, à dire que la situation du pays est extrêmement grave, même si certains pensent se satisfaire d’une régression relative du niveau de violence.
La crise que nous vivons est une crise de société.
Elle interpelle sur tous les plans, sur le plan de la représentativité et de la légitimité , de la probité et de l’intégrité, de la gestion et de la responsabilité, de l’organisation et de la structuration, du pouvoir et de l’administration .
Elle traduit l’incapacité des pouvoirs publics, à évoluer et à s’adapter à la dynamique de la société qui a connu, depuis l’indépendance, des mutations profondes et dont les préoccupations et les revendications se sont diversifiées et les exigences de liberté, de participation et de contrôle démocratiques sont devenues incontournables.
Elle résulte d’une détresse grandissante des citoyens, traduisant :
une accumulation grave de déficits économiques et sociaux ;
un déficit crucial de légitimité des appareils et des hommes cooptés pour
exercer le pouvoir ;
une contestation sociale accrue polarisée sur le mépris , l’injustice, le
chômage, la misère et l’exclusion sociales, l’accaparement des rentes et
du patrimoine public ;
un refus d’ouverture à la société du champ d’expression, de dialogue, de
concertation, et de négociation.
Elle a une dimension culturelle et identitaire.
Elle est économique et sociale.
Elle est politique.
Les raisons de l’échec des démarches entreprises
Ce sont ces facteurs qui ont conduit, toutes les constructions de solutions du pouvoir et de l’opposition politique, toutes les initiatives de dialogue et toutes les tentatives de rapprochement entre le pouvoir et l’opposition à se heurter sans cesse à autant d’obstacles, à susciter autant de réactions sévères et négatives, à accentuer la méfiance entre le pouvoir et l’opposition et à jeter de plus en plus le discrédit sur le politique et sur les hommes politiques du pouvoir et de l’opposition.
Il est nécessaire de situer avec le maximum de précision et de précaution les causes objectives de la dérive de l’action politique, essentiellement celle du pouvoir en tant qu’autorité chargée de la destinée du pays et celle de l’opposition politique en tant que partie prenante dans la prise en charge des revendications des citoyens.
Il apparaît clairement que les tenants du statu-quo ont tenté de dépasser la crise du parti unique par des constructions factices et un multipartisme de façade.
Le résultat obtenu est un pluralisme formel qui ne se soucie ni de refléter les tendances et sensibilités qui s’expriment au niveau des citoyens, ni de prendre en charge les aspirations de ceux-ci mais qui se préoccupe plutôt de les saisir pour en faire des instruments de marchandages et de surenchères démagogiques.
Cette option a empêché le dialogue de s’ériger en mécanisme reconnu de règlement de la crise et la démocratie d’être un instrument de renforcement de l’identité et de la volonté nationales en exacerbant les différences et les divergences, en les empêchant de s’exprimer dans des débats pacifiques et, en les transformant en positions irréductibles, exclusives les unes des autres.
Ceci a empêché la construction de toute alternative crédible et pacifique au statu-quo et à la violence.
C’est ainsi que se trouve maintenue dans le désarroi la grande majorité de la population prise entre la conscience qu’elle a de ses conditions sociales dramatiques et le choix qu’elle a, d’opter pour un engagement politique qui accroît sa précarité sociale et sa marginalisation ou la pousse à l’insoumission.
La faiblesse de l’ancrage social des partis et de leur degré d’organisation n’explique pas cette situation de blocage mais reflète plutôt le peu de libertés dont bénéficient les citoyens en termes d’association, de réunion et d’expression politique et culturelle.
L’Etat ne saurait se dédouaner de son obligation de veiller à la mise en place des conditions à même de concrétiser la démocratie au même titre que ses obligations en matière de sécurité nationale, de développement économique et social et d’épanouissement culturel.
Derrière une apparence de modernité et une façade de pluralité, on a tenté d’imposer une solution illusoire par la concentration des pouvoirs de décision politique et économique au sein de sphères réduites.
Pareille démarche ne pouvait que s’appuyer sur une nouvelle clientèle élitiste, fragile et vulnérable parce que sans ancrage social, pour réaliser une recomposition du système fondée sur l’imposition de consensus formels au sommet.
Cette démarche a eu pour effet d’accentuer la précarité de nos institutions, d’éroder la cohésion nationale, de diviser la société, d’alimenter les frustrations, de ronger les fondements de l’Etat et sa stabilité et d’entamer l’autonomie du pays.
La nécessaire ouverture démocratique
De ce constat il faut tirer la conclusion qui s’impose en acceptant la remise en cause des fausses convictions et certitudes du passé, et en acceptant de reconnaître qu’on ne peut faire l’économie d’une ouverture démocratique véritable.
Car la démocratie n’est pas seulement un instrument pour exprimer ses opinions et revendications, pour s’opposer et affirmer sa différence. Elle est aussi le modèle approprié de gestion de la société et de l’Etat.
C’est également le moyen qui permet à la société de s’organiser, de se structurer et de trouver son harmonie à la base, à travers la dynamique de l’action politique, sociale et culturelle, animée par l’arbitrage permanent entre les différents intérêts.
C’est enfin le moyen qui autorise notre peuple à évoluer, à s’adapter, à survivre, à se moderniser, à coexister, à se défendre, à être un partenaire crédible, à ambitionner une place dans le concert des nations.
Seule une ouverture démocratique véritable permet aux citoyens de débattre les graves questions qui se posent et qui ont trait en définitive à la pérennité de notre Etat, à la préservation de notre peuple de la violence fratricide et suicidaire, à l’efficacité de notre sécurité nationale, à la protection de notre potentiel économique, à l’organisation des solidarités entre les citoyens.
Seuls les pouvoirs issus de la volonté des citoyens, sont véritablement forts et utiles à leurs peuples. Ils résistent mieux aux pressions extérieures, ne cèdent pas aux chantages des clans, groupes et intérêts particuliers. Ils sont à l’abri des graves dérives, supportent mieux les crises et l’usure du temps et offrent le maximum de souplesse et de chances pour que la société s’adapte et se mobilise en toutes circonstances.
Pour un contrat politique avec les citoyens
C’est dans cette perspective que je prends l’engagement d’agir pour obtenir le contrat politique le plus large en vue :
du changement du mode de gestion de la société, du rejet de la violence
politique et l’extinction rapide du terrorisme ;
de la réhabilitation des valeurs qui fondent notre communauté et notre
nation ;
de la modernisation des institutions en vue de garantir l’indépendance de
la justice et du pouvoir législatif et d’empêcher le recours à la force
comme méthode de gouvernement ;
de la mobilisation des conditions du progrès social et du développement
économique durable.
Ce faisant, je suis persuadé que seuls des pouvoirs et des politiques issus du choix sans entrave des citoyens et citoyennes peuvent prétendre à la force et à l’efficacité.
Mon programme se veut être fidèle au vaste mouvement social d’affirmation citoyenne de solidarité sociale et de revendication de dignité et de justice.
Je suis persuadé que ce mouvement porte l’espoir de la majorité des Algériens et notamment des jeunes qui refusent de continuer à subir l’arbitraire sous toutes ses formes. Ce mouvement ne vise, ni à un replâtrage ni à un habillage d’un ordre que la société refuse et qui a montré toutes ses limites. Il est une entreprise de rupture avec l’exercice autoritaire du pouvoir.
Je n’ai jamais cessé de militer publiquement depuis plus de dix ans pour ces changements, comme je n’ai jamais cessé de soutenir que les mutations que nous devons gérer exigent l’identification responsable et sereine des véritables revendications et enjeux et la concertation systématique pour faire face aux défis qui s’accumulent. Je ne m’engagerai dans le débat qui s’ouvre comme dans mon programme que sur des objectifs réalisables, dans la concertation, dans la stabilité et par la volonté de la majorité.
La consolidation de l’Etat de droit , la libération de la société et le développement d’une culture politique appuyée sur les exigences citoyennes, ouverte sur la solidarité et la cohésion sociale, luttant contre toute forme d’exclusion vis-à-vis des faibles, des femmes et des jeunes, constituent la charpente du contrat qui me lie avec la société.
Réhabiliter l’Etat et les institutions
L’Etat algérien s’est reconstruit, au lendemain de l’indépendance autour :
d’une administration assumant les fonctions économiques, sociales, politiques et
culturelles avec un parti unique en courroie de transmission ;
de services de sécurité chargés de veiller à l’ordre public et à la protection du pouvoir ;
d’une armée chargée de défendre les frontières et de protéger le pays.
Si cette approche a permis de réaliser de nombreux succès en matière de développement et de modernisation du pays, elle a engendré des confusions extrêmes entre Etat et pouvoir, dans
l’exercice du pouvoir et dans le contrôle de l’exercice de ce dernier le tout aggravé par la concentration de tous les pouvoirs.
La Constitution de février 1989 a remédié à cette situation en distinguant et en séparant les pouvoirs :
un pouvoir législatif assuré par une assemblée nationale élue ;
un pouvoir exécutif représenté par un président de la République et
un gouvernement ;
un pouvoir judiciaire indépendant, obéissant à la seule loi et chargé
d’arbitrer entre les citoyens, entre le pouvoir et les citoyens et entre
les citoyens et l’administration.
La situation exceptionnelle qu’a vécue le pays autant que l’instauration successive de l’état de siège et de l’état d’urgence ont gelé la mise en œuvre des dispositions de cette Constitution.
Sous le prétexte de rétablir la stabilité de l’Etat, une révision constitutionnelle engagée en l’absence de tout débat réel a consolidé cet état de fait et a abouti à restreindre les libertés et les droits démocratiques, à fractionner et à séquestrer l’identité nationale, à concentrer les pouvoirs et à réduire les moyens de contrôle de leur exercice et à étendre les pouvoirs de l’exécutif et de l’administration au détriment des pouvoirs législatif et judiciaire.
La première victime de cette gestion a été l’Etat lui-même.
Hors du droit, l’Etat a été progressivement dépouillé de ses prérogatives de souveraineté et de régulation sociale au profit de réseaux opaques. Au plan international, l’affaiblissement de l’Etat a accru la vulnérabilité du pays aux ingérences stratégiques et économiques étrangères. La fragilisation de la cohésion nationale et le déficit de légitimité interne, ont grandement réduit ces dernières années la capacité de l’Algérie à définir ses positions sur les grandes questions régionales et internationales qui nous concernent en tant que maghrébins, arabes, africains et méditerranéens.
Consciemment ou non, les milieux qui continuent de vouloir aveuglément accréditer l’idée de l’impossibilité d’une solution politique, œuvrent surtout à affaiblir les institutions et les appareils de souveraineté de l’Etat en tentant de les utiliser au profit de leurs desseins étroits.
La pérennité de la violence conduit de proche en proche à la mise en accusation des institutions et de leur capacité à garantir le fonctionnement des appareils d’Etat. Ces tendances ont conduit à la fragilisation de tout l’édifice institutionnel.
La confusion entretenue doit être levée. Le délitement observé de l’Etat est dû essentiellement à l’absence de règles transparentes et de contrôle politique ainsi qu’à la prolifération des réseaux d’influence qu’une gestion autoritaire et discrétionnaire favorise.
Je m’engage à œuvrer en priorité, à la consolidation de l’Etat et à la protection de ses institutions en veillant scrupuleusement à ce que chacune d’entre elles s’acquitte de ses missions et prérogatives.
Parce que l’Etat c’est une constitution équilibrée et respectée, ce sont des institutions élues et des pouvoirs séparés, des institutions et administrations spécialisées, au service des citoyens, animées et actionnées par le pouvoir politique dans le strict respect de la loi, de leurs missions et de leurs finalités.
Le pouvoir judiciaire sera préservé dans son exercice quotidien contre toutes formes d’ingérences, d’injonctions ou de pressions.
Parce que l’Etat de droit, ce sont d’abord des lois devant lesquelles tous les citoyens sont égaux. Ce sont des normes et des règles qui s’appliquent à l’ensemble des citoyennes et des citoyens, et qui respectent et garantissent le droit de tous, dans leur diversité intellectuelle, culturelle, linguistique et religieuse.
Quant aux pouvoirs législatif et exécutif , ils devront être le fruit d’une compétition saine des programmes soutenus par des hommes et des femmes qui activent dans le champ politique.
Ils prendront la coloration transitoire de la majorité politique du moment, appelée à changer selon la volonté des citoyens.
Dans tous les cas, les femmes et les hommes porteurs des idées politiques minoritaires du moment devront pouvoir s’exprimer librement.
L’administration quant à elle, inscrira son action dans le strict respect de la loi et au service exclusif du citoyen. La loi fixera les droits et obligations des commis de l’état, les protégeant et les libérant des systèmes d’allégeance et les soustrayant aux pressions des intérêts particuliers.
Dans la même perspective, il sera interdit à l’administration toute gestion directe des transactions dans les domaines du foncier, du commerce et de la production qu’elle assume encore dans l’opacité et le gaspillage, sources de corruption.
Elle pourra alors se consacrer à ses fonctions d’organisation, de régulation, de pérennité des services publics et de contrôle.
Dans la même ligne, sera mise en chantier la réhabilitation des collectivités locales et en particulier de la commune, lieu privilégié d’animation de la vie sociale et de prise en charge des besoins des citoyens revalorisant ainsi le rôle des assemblées élues.
Ensemble, engageons la nation sur la voie de la modernité en renforçant les contrepoids institutionnels, parlementaires et judiciaires, et en encourageant le contrôle citoyen.
Seuls le respect des lois et la garantie de la liberté sont de nature à empêcher les institutions et les administrations d’être déviées de leurs missions et finalités. Ainsi sera modernisé l’Etat et seront réhabilités ses rapports à la société..
Libérer la société
C’est dans de telles conditions que la société pourra se mettre en mouvement et que le citoyen deviendra l’acteur de son devenir.
Pour cela, seront ouverts totalement, dans la transparence, les champs d’expression et d’organisation à l’action politique, syndicale et associative.
Les partis politiques, les syndicats et les associations constituent le lieu privilégié d’expression et de réalisation par les citoyens de leurs revendications et de leurs aspirations, pour autant qu’ils fonctionnent dans un cadre démocratique et qu’ils restent soumis à la seule volonté de leurs militants et de leurs adhérents.
De ce fait, ils bénéficieront de la protection de la loi contre toutes formes d’interférences, d’ingérences et de confiscations extérieures.
De même la loi garantira aux citoyens une information libre et diversifiée .
A ce titre, la création et le fonctionnement des organes d’information ainsi que la production intellectuelle des hommes et des femmes qui les animent, ne devront rencontrer d’autres limites à leur liberté d’expression que celles que fixera la loi et les règles déontologiques qu’arrêteront les professionnels.
C’est à ce prix que les organes d’information et les journalistes, en dénonçant les abus et les dérives, permettront à la société d’impulser la dynamique de démocratisation et de constituer des contre-pouvoirs.
Le programme que je défends, concerne avant tout les nouvelles générations parce que l’avenir ne peut se construire sans elles. Les jeunes devront être les acteurs de leur propre devenir en investissant tous les champs de la vie nationale.
C’est en s’exprimant et en intervenant dans des cadres organisés que pourront être prises en charge leurs revendications et leurs aspirations dans le domaine de l’éducation, de la formation, de l’emploi, de la culture et des loisirs.
C’est ici le lieu d’affirmer avec force combien sera décisif l’apport de la femme, dans tous les domaines de la vie nationale et sans lequel la libération de la société ne pourra prendre sa pleine expression.
La société ne peut, sous peine de se condamner, se priver de la moitié de ses potentialités humaines, ni geler sa contribution à l’effort de redressement national et ceci ne peut se réaliser si on ne respecte pas les libertés de la femme et ses droits à l’expression, au travail, à l’initiative et à la revendication.
a libération de la société permettra aux citoyens de débattre de toutes les grandes questions qui les concernent et d’élaborer de larges consensus sans cesse renouvelés.
C’est dans une telle dynamique que la confiance pourra être rétablie et que pourront être débattues et tranchées, en toute sérénité, toutes les questions liées aux conséquences de la crise dans leurs dimensions humaines, financières et fiscales et que pourra être entreprise la révision de la constitution.
Extirper la violence, construire la paix
Nous demeurons convaincus aujourd’hui que le recours à la violence tourne le dos à la justice et à la liberté et que c’est pour cela qu’il est sans issue; A l’inverse, l’ennemi de la violence est l’Etat de droit. Ceux qui refusent de l’admettre veulent en fait recourir à la force pour défendre des idéologies autoritaires ou des privilèges réels qu’ils ne peuvent imposer qu’en réprimant la société.
L’arrêt de la violence est en conséquence, tributaire du retour à l’état de droit et au rétablissement des garanties de liberté d’expression et d’association à l’ensemble des algériens sur le champ politique. C’est l’unique moyen de localiser et d’isoler les auteurs des violences et leurs commanditaires et de leur opposer les moyens d’une justice indépendante.
Plus fondamentalement, il est urgent que soient dépassés les clivages idéologiques artificiels dans le pouvoir, les appareils politiques qui lui sont subordonnés aussi bien que dans l’opposition et qui empêchent les Algériens et Algériennes d’exercer, en toute responsabilité citoyenne, leurs droits et leurs devoirs individuels et collectifs.
Notre programme inscrit parmi ses premières priorités un débat libre et responsable sur la nécessaire modernisation institutionnelle à même de protéger les Algériennes et les Algériens de ces dérives. Nous sommes tenus de lutter contre ces mêmes dérives par la liberté d’expression et la concertation, car nous avons un besoin urgent de nous engager dans la voie solide de l’affermissement des valeurs fondamentales ancrées dans notre mémoire collective et du renouveau culturel et politique nécessaire pour relever les défis qui ne peuvent attendre. Ceci implique que les valeurs de fraternité et de paix s’imposent de nouveau et que les Algériens et Algériennes jouissent préalablement des garanties de liberté et des conditions de représentation de tous les courants politiques et culturels. C’est alors que la pratique politique pourra permettre de faire éclore partout l’esprit critique, condition du progrès culturel et de la véritable modernité.
Le débat permanent et organisé, respectant les règles fondamentales et universelles de la démocratie entre les diverses sensibilités et groupes d’intérêts qui composent le corps social est l’unique voie susceptible de sortir le pays des spirales de la régression et de la violence.
Je continue comme par le passé à refuser la logique des rapports de force et à revendiquer son abandon comme condition indispensable à l’élimination de la violence. Toutes les pratiques internationales qui ont abouti mettent en évidence la nécessité de traiter des questions de société en ayant d’abord le courage de ne pas nier les réalités pour entraîner une adhésion et une cohésion sociale durables et suffisantes en direction de la paix et pour assumer collectivement toutes les séquelles de la violence que connaît le pays.
Le retour à la stabilité et à la paix civile exige donc un changement radical de l’approche du phénomène de la violence. Dans le contexte que nous vivons douloureusement, la construction de la paix passe par des chemins difficiles et une action persévérante.
La levée progressive des lois d’exception, la garantie des libertés publiques et de l’exercice des activités politiques sans restriction, dans le cadre de la loi, la participation de tous les Algériens à cette entreprise politique vitale sont certainement les seuls susceptibles de créer un climat favorable à cette issue.
Tant dans le tissu urbain que dans les campagnes, les jeunes vivent leur condition en termes de marginalisation, d’exclusion et parfois de confrontations. Le développement de la misère et de la délinquance, le recul dramatique de la gestion associative de proximité ont suscité de nouvelles exclusions alimentant la dynamique de violence et l’extension de ses manifestations dans le champ politique et social. Il faudra du temps, de la patience et de l’effort pour faire disparaître l’accoutumance à cette situation et ses effets sur les comportements. La tâche exige de profondes mutations dans la pratique politique; Il sera en particulier nécessaire d’associer en permanence les jeunes de façon effective à tous les choix qui les concernent et à tous les niveaux.
Réhabiliter les valeurs de la société
Dans l’entreprise de réhabilitation du politique, notre volonté de modernisation ne pourra se réaliser qu’en recouvrant et en assumant pleinement notre histoire ancienne et récente dans toutes ses dimensions
Nos enfants continuent néanmoins dans les médias, à l’école et dans leur quotidien à subir les méfaits d’une histoire tronquée et parfois dénaturée. Ces pratiques empêchent la société de s’approprier sa mémoire, ses valeurs et d’assumer son identité. Elles empêchent la détermination de politiques construites sur des bases durables et constituent un des plus grands obstacles sur le chemin de la modernité.
Dans la réflexion comme dans l’action, j’ai toujours agi pour la libération culturelle et l’expression sans entraves. Mon attitude n’est pas circonstancielle au point où je doive pratiquer la surenchère culturelle ou considérer la diversité culturelle nationale comme facteur de division. Le comportement culturel de l’Algérien et de l’Algérienne est celui qu’ils voudront adopter en tant qu’hommes et femmes libres et responsables. Il n’appartient pas aux politiques de leur dicter leurs choix. Notre nation est bien plus solide, par sa diversité, que ne le laissent croire certains nostalgiques d’une normalisation culturelle imposée et peut positivement, s’ouvrir sur l’universel.
Dans ce domaine comme dans les autres, nous sommes appelés à un bouleversement radical de nos méthodes et de nos pratiques. La réponse réside dans la mise en place de mécanismes de régulation démocratiques et transparents d’expression de légitimes revendications, de préservation et de garantie des droits au sein de la société, dans l’immense potentiel de sa diversité. C’est dans ce cadre que seront traitées les grandes questions nationales qui interpellent la société et conditionnent son avenir.
Moderniser le système éducatif
Le système éducatif a enregistré d’indéniables succès en matière de scolarisation et de formation des hommes. Il souffre aujourd’hui, d’une baisse continue de la qualité et de déperditions de plus en plus importantes. L’école et l’université ne sont plus désormais en mesure de prendre en charge les besoins minima qu’exige un monde dynamique dont les moteurs sont la science, la recherche et la technologie. Elles ne sont plus capables de faire face à la modernisation de l’économie comme elles ne peuvent lui procurer un environnement favorable.
La nécessaire et urgente modernisation de notre système éducatif et de recherche ne peut se faire ni par injonctions, ni dans la précipitation. Il s’agit d’une question qui engage la responsabilité de l’ensemble de la société et qui implique un débat libre, organisé, à la mesure des enjeux. Il faut néanmoins éviter de prêter une nouvelle fois le flanc à la démagogie et aux démarches globalisantes dont nos enfants ont été les cobayes et à cause desquelles ils traînent de lourds handicaps.
Nous devons confronter l’enseignement et la recherche aux besoins de la société et à ses choix. Ils devront être évalués à leur capacité à impulser le progrès social économique et culturel.
En particulier, si l’école et l’université sont unes, leur réforme ne peut être ni globale ni normative. Les conditions de fonctionnement du système d’éducation et de formation varient d’un palier à l’autre et d’une discipline à l’autre. Les modes de gestion peuvent quant à elles être diversifiées.
C’est pas à pas, et avec les chercheurs, les pédagogues et les enseignants que nous devons dégager les solutions après un large débat vu l’importance des enjeux. Le salut des jeunes générations et celui du pays tout entier viendra de l’école et l’université ou ne viendra pas.
Reconstruire l’économie
Face au refus de poursuivre les réformes globales, le prétexte de la priorité absolue accordée à la gestion sécuritaire a permis d’occulter le débat sur les choix économiques et sociaux malgré la gravité de la crise et a conduit à différer les adaptations indispensables.
Les gouvernements successifs se sont cantonnés dans l’application mécanique des programmes d’ajustement imposés suite à la cessation de payements de fait, en 1994, sans les inscrire dans une démarche économique globale qui permette à la fois, de restaurer les équilibres macro-économiques externes et internes, d’ancrer les règles de l’économie de marché, et de renouer avec une croissance économique durable et soutenue dans des conditions de compétitivité et d’ouverture sur le marché mondial.
En ignorant les conditions juridiques et institutionnelles de fonctionnement des activités économiques sur les marchés internes et externes, les politiques économiques menées ces dernières années ont favorisé le développement de l’économie rentière et spéculative, rejoignant ainsi, les intérêts particuliers de clientèles qui gravitent autour du pouvoir et à la périphérie du pays.
Ces politiques ont abouti à une dégradation sans précédent du potentiel économique marquée par :
l’absence de mécanismes d’information et d’évaluation économique,
politique, sociale ou même administrative des résultats des décisions
prises ;
le contrôle des marchés des grands produits par les réseaux de contrôle des rentes et de spéculation parasitaire ;
le refus de libérer l’entreprise productive du carcan de l’économie administrée et d’encourager l’accès effectif du secteur public de production au marché. Dans ce contexte, les programmes de privatisation deviennent un véritable terrain de dilapidation de patrimoines publics ;
le refus de l’assainissement des pratiques commerciales et bancaires ;
le refus d’adopter une politique fiscale, budgétaire et financière conforme aux exigences de redressement ;
le gaspillage de ressources financières extérieures abondantes qu’il s’agit à partir de cette année, de rembourser dans une nouvelle spirale d’endettement aggravée par des baisses importantes des ressources internes et externes tirées des hydrocarbures.
C’est dans ce contexte que les entreprises ferment et licencient, que le chômage se développe et que la population s’appauvrit dans une situation de dépression économique critique.
Le pays est malheureusement transformé aujourd’hui en un vaste marché de transactions faussées par les faveurs et les privilèges, l’élargissement du marché informel et l’absence de manifestation de la volonté collective à travers une politique économique débattue et affichée.
Il est à redouter, qu’en l’absence de redressement politique et économique à la mesure des enjeux, de futures opérations de rééchelonnement à conditionnalités très sévères ne soient imposées au pays en le précipitant dans une dépression sans fond aggravant la détérioration des niveaux de vie, le délabrement des services publics et la déliquescence des systèmes d’éducation, de formation et de santé.
Les potentiels à mobiliser
Pour faire face à cette situation, le programme que je vous soumets se propose d’agir rapidement dans trois directions :
la mise en place d’une dynamique d’accumulation, d’échanges et d’emploi sur une grande échelle,
la préparation d’un environnement favorable par l’investissement dans les infrastructures sociales et économiques et la formation au travail,
une politique financière et monétaire tournée vers la mobilisation de l’épargne et l’encouragement de l’activité productive
Pour être imposé et réalisé efficacement, ce programme a besoin de la mobilisation de tous ceux que l’économie rentière pénalise.
Les entrepreneurs dans l’économie productive, les salariés et les chômeurs appauvris et marginalisés et les jeunes attendant une opportunité pour entrer dans la vie active devront se mobiliser dans la pratique quotidienne et surtout sur le terrain politique et revendicatif contre l’arbitraire économique sur tous les fronts, pour l’État de droit et le contrôle démocratique organisé de la politique économique et sociale.
L’effort de transformation de l’économie rentière en économie productive est laborieux et exigeant. Il ne peut-être ni délégué aux institutions internationales et aux marchés extérieurs des capitaux, ni surtout faire l’économie de la modernisation des institutions, de la stabilité politique et de la négociation entre partenaires.
Une politique économique durable devra se préoccuper de trouver des compromis équitables entre une demande sociale aiguillonnée par la jeunesse de la population et les retards de progrès éducatif et sanitaire et une offre de plus en plus inadaptée et affaiblie, dans une situation d’exacerbation des tensions sociales et économiques. Le règlement structurel et définitif ne peut que passer par la réhabilitation des pratiques marchandes, le démantèlement de l’économie rentière et la moralisation des mœurs politiques pour réduire les risques de dévoiement des mécanismes d’évaluation et de sanction par le marché.
Le pays avait connu auparavant des périodes de croissance qui n’ont pas pu se maintenir du fait de la grande vulnérabilité des politiques rentières aux chocs extérieurs, des stratégies d’intervention publique déstructurantes et des mauvais choix d’investissements. Tenter de sortir de la crise, c’est aussi éviter de revenir à ces errements. Cela consiste également à éliminer les pratiques dans la gestion financière et monétaire qui déstructurent les systèmes productifs, abaissent la demande, découragent l’épargne et l’investissement et font croître le chômage.
Il ne s’agit pas pour autant de minimiser l’état présent de délabrement de l’économie, principalement dans l’industrie et, les services modernes. Le règlement des problèmes existants ne peut venir du système financier qui doit lui-même, connaître des mutations profondes.
L’entreprise et le marché ne peuvent continuer à renvoyer ailleurs qu’en eux-mêmes leurs propres difficultés. C’est dans l’effort de leur modernisation effective que se situe la garantie de la croissance, du rétablissement de la monnaie et de la réduction du chômage qui constituent les objectifs de la politique économiques à initier.
Certes rien qu’un potentiel économique conséquent a été gelé voire réduit, il n’en demeure pas moins important. Une stabilité durable et une politique économique et financière orientée sur une dynamique interne d’accumulation et de croissance sont à même de mettre en confiance les investisseurs nationaux et étrangers.
Pour une nouvelle politique industrielle
Sur cette base, nous devrons mettre en place une politique industrielle cohérente avec la nécessité de redéploiement de l’investissement qui vise en priorité le développement des échanges sur le marché intérieur dans des conditions d’accroissement régulier de l’emploi, des revenus et de la demande interne.
Cette politique industrielle est encore possible car les besoins sont immenses. Elle ne sera pas aisée à mettre en œuvre. Elle doit être capable de guider les entrepreneurs afin qu’ils évitent les erreurs d’investissements et qu’ils puissent gérer à la fois les productions et les prix sur des marchés concurrentiels ouverts.
Nous devrons parallèlement envisager à grande échelle l’accès aux marchés extérieurs en développant des relations de partenariat, en encourageant l’investissement étranger et en aménageant nos relations économiques et politiques en conséquence.
Il faudra néanmoins se prémunir des effets pervers de la financiarisation et des placements spéculatifs. Nous avons plus besoin aujourd’hui de maîtriser l’inflation et de stabiliser durablement le taux de change que de les laisser évoluer chaque fois qu’il y a un problème de balance de paiements conjoncturel.
Les programmes actuels d’attente et d’aide à la réduction temporaire du chômage coûtent chers sans être ni durables, ni rentables. La politique industrielle doit s’appuyer sur des grands programmes d’infrastructure et de construction en relançant d’abord l’investissement public, en assurant rapidement et efficacement le relais sur le marché avec les industries et les services structurants.
Une dynamique industrielle nouvelle a d’abord besoin de la valorisation des compétences dans tous les secteurs, ce qui permettra en même temps de mieux utiliser le personnel formé actuellement inemployé. L’insertion des jeunes dans l’économie moderne passe par l’investissement dans la formation, le recyclage et l’enseignement performant. Nos besoins sont immenses en la matière. Une véritable mutation doit être opérée dans les comportements, l’allocation des ressources budgétaires, la gestion et le contrôle par les citoyens.
Pour la réhabilitation de l’agriculture
Notre pays n’a pratiquement pas encore mobilisé sa capacité agricole. Le potentiel de croissance de la production alimentaire s’avère considérable à condition, que cesse la marginalisation de la paysannerie, que soit stabilisé son lien à la terre et que soient améliorés les infrastructures, l’accès au crédit et l’environnement de la production.
Au regard de ces exigences, les modes d’intervention des pouvoirs publics sont appelés nécessairement à se redéployer pour canaliser convenablement le soutien multiforme à l’agriculture.
Ce soutien multiforme devra être organisé et modulé en fonction des spécificités de chaque zone notamment zones montagneuses et le sud.
D’une manière générale, il faudra encourager la libre création d’organisations économiques des producteurs, la mise en place d’aides aux producteurs et leur libre initiative quant aux choix des circuits et des conditions d’échanges les plus rentables.
C’est à travers cette démarche que notre agriculture pourra s’inscrire dans une dynamique nouvelle de croissance durable de la production et des investissements, seule capable de réduire progressivement le déséquilibre alimentaire du pays et participer à l’essor économique et social du monde rural.
L’économie populaire et l’emploi
Nous devons également accorder une attention soutenue à l’économie populaire. En dépit de régressions économiques de grande ampleur et de la démission des pouvoirs publics, la population marginalisée par l’ajustement s’est efforcée de survivre. Pour faire face au renchérissement des importations suite aux dévaluations successives, l’économie populaire a su réaliser des progrès de substitution en comptant le moins possible sur les circuits financiers et monétaires officiels. La modernisation de l’économie doit en faire un instrument important pour le développement du marché, de l’économie contractuelle et de la redistribution productive d’accumulation et d’épargne.
Concurrentielle et à faible coût de capital, elle a l’avantage de fonctionner sur la base d’apports initiaux faibles et d’une grande circulation de la monnaie. Dans cette période de rétrécissement des ressources en emploi de la grande entreprise, l’économie populaire revêt une grande importance pour la nécessaire relance de l’agriculture, de la construction, de l’industrie de transformation et des services. Non rentière, l’économie populaire possède une ouverture sur les réalités et mobilise des acteurs notamment jeunes favorables à l’esprit d’entreprise, l’innovation et l’adaptation aux conjonctures difficiles. Cette intelligence concrète des ressorts du développement moderne est ce qui la distingue de la culture économique du passé et l’autorise à en assurer la relève partout où c’est possible. Elle exige pour s’épanouir le retour de la confiance dans la puissance publique et dans sa capacité à garantir la sécurité des transactions et leur régularité, à réformer la fiscalité et à faire reculer la corruption.
On ne sortira pas des blocages objectifs actuels de l’investissement par des incantations. Il faudra adopter une politique déterminée qui mobilise et fasse converger les efforts de tous les acteurs pour créer la confiance interne et externe nécessaire pour relancer l’économie.
La politique financière et l’emploi
Pour financer la reprise durant les premières années, les fonds nécessaires devront provenir de réserves et de rentes gelées à mobiliser si l’on veut qu’elles soient porteuses de travail, d’aménagements fiscaux ciblés au profit des capitaux qui prennent des risques d’adaptation. Il faudra aussi canaliser et orienter vers cet objectif, toutes sortes d’aides éparpillées aujourd’hui dans des opérations de gaspillage. C’est également le seul moyen de rétablir à brève échéance les finances publiques pour préparer les nouvelles générations à entrer dans l’économie productive moderne. C’est le moyen de s’attaquer en commun au mal qui pèse de façon si dramatique sur notre économie et cela ne peut être obtenu que si la responsabilité de chaque citoyen est librement engagée et qu’en contrepartie il puisse en permanence contrôler les conditions de gestion des programmes.
Les discours dominants considèrent aujourd’hui acquise la fatalité du chômage, de la précarité et de la réduction de la rémunération du travail. Ils veulent de plus persuader les chômeurs et les salariés qu’ils n’ont pas d’autre perspective.
Depuis quatre ans le discours économique veut persuader :
que les restructurations industrielles provoquent immanquablement le chômage massif ;
que la compétition internationale impose de vider le contrat de travail et la protection sociale de leur contenu et qu’elle implique l’occupation précaire ;
qu’il est nécessaire de déconnecter revenu et travail ;
que le filet social et les travaux collectifs d’attente au rabais sont la seule réponse des pouvoirs publics aux conséquences des restructurations !
Il s’agit là d’une entreprise idéologique caricaturant les thèses libérales et l’économie de marché. Nous ne saurons admettre cet alignement par le bas qui s’appuie sur une compréhension tronquée des réalités de l’économie de marché et qui affaiblit entrepreneurs et salariés. De fait, la politique monétaire nationale active a disparu, les mécanismes de marché ont été dévoyés au profit des sphères rentières et spéculatives. En conséquence, l’épargne fuit et la restructuration des entreprises devient une véritable destruction du tissu industriel. Cette vision ne résiste pas à la critique et au débat qui prennent en compte le progrès économique durable et la volonté des acteurs sociaux.
Notre approche de l’emploi est liée à la relance de l’économie avec le déroulement du plan alternatif à moyen terme suivant :
mobilisation de réserves d’État et de financements longs sur le marché pendant deux ou trois ans. Ces moyens seront transformés en encaisses et en crédit pour le lancement de grands programmes de logements et d’investissements dans les infrastructures économiques et sociales afin de les moderniser, d’en améliorer l’efficacité et d’élever le niveau de rendement des ressources humaines ;
développement d’une politique monétaire active dans le but de réduire le coût de l’argent, d’encourager le crédit à l’investissement et à la production et de le rendre plus abondant. La croissance est le meilleur moyen pour sortir de l’économie d’endettement. C’est notre alternative à la pauvreté et à la dépendance des marchés financiers.
L’incitation au travail novateur pour combattre l’exclusion économique et l’accès par le crédit au droit à l’entreprenariat moderne des acteurs du marché informel et des jeunes chômeurs permettront de conforter la dynamique de création d’emplois productifs durables.
La politique du logement
Pour faire face à la demande considérable en logements au cours des prochaines années et en garantir l’accès au plus grand nombre, il faudra encourager et libérer toutes les initiatives et se départir des gestions rentières, opaques et bureaucratiques mises en œuvre sous prétexte de l’engagement de l’Etat et qui ont largement atteint leur limite.
Les pouvoirs publics auront à se libérer de la gestion directe du foncier et de la construction des logements, pour consacrer leurs ressources et leur énergie à la mise en place d’instruments de régulation et de mécanismes de soutien et d’aide au logement différenciés et modulés en fonction des possibilités de chaque citoyen.
Les pouvoirs publics devront en outre, mettre en place les instruments juridiques, financiers et fiscaux pour sécuriser le marché locatif et encourager l’accès à la propriété.
Cette démarche permettra de libérer tous les canaux d’accès au logement, vers les jeunes et les catégories défavorisées.
Dans la même perspective des actions d’envergure de restructuration du tissu urbain seront engagées, permettant la résorption de l’habitat précaire et la disparition définitive des centres de transit.
La politique de santé
La libération de l’économie n’est pas synonyme d’abandon par les pouvoirs publics de leurs prérogatives dans le domaine de la protection de la santé et de la prise en charge des handicaps.
Il existe pourtant actuellement, dans notre pays, une tendance ultra-libérale qui considère que la santé est une affaire individuelle, chaque citoyen devant affronter sa maladie ou son handicap en fonction de ses ressources propres, ce qui abandonne au marché la prise en charge des besoins de santé de la population. Les pouvoirs publics ne sont plus ainsi concernés qu’indirectement, ils ne régulent plus, n’organisent plus un système de santé nationale, ne se préoccupent plus de l’accessibilité aux soins de tous les citoyens, leur rôle ne se réduisant pratiquement plus, qu’à une activité caritative en direction des couches les plus démunies de la population.
Or, les réformes les plus libérales des pays développés se gardent bien de remettre en cause le caractère de service public du système de soins.
Nous nous proposons quant à nous, de mettre en œuvre une politique de santé globale et cohérente garantissant à tous, l’accès aux soins et qui s’articule autour des axes suivants :
engager un débat démocratique impliquant tous les acteurs du système,
professionnels de la santé, institutions de l’Etat concernés, sécurité
sociale, usagers, en vue d’élaborer les grandes orientations de la politique
nationale de santé et ses priorités ;
établir sur cette base, un mode transparent d’allocation de ressources
reposant sur la négociation entre l’Etat et la sécurité sociale, les ménages,
les assurances, selon des règles affichées et s’effectuant sur la base d’un
dispositif décentralisé et adapté aux méthodes modernes de la gestion
financière.
mobiliser tous les moyens humains et matériels disponibles aussi bien
dans le secteur public que dans le secteur privé pour la réalisation des
objectifs arrêtés ;
démocratiser et contractualiser la gestion des unités publiques de santé
pour leur permettre la souplesse nécessaire à une plus grande efficience
et à une utilisation plus rationnelle des ressources.
Notre programme économique et social constitue un plan de sortie de l’impasse et de relance dont les résultats se traduisent en termes de politique active d’emploi, d’accroissement des revenus et de la demande qui nourrissent une dynamique durable de croissance et de progrès.
La logique de ce programme s’inscrit ainsi à l’opposé de ce qui s’est pratiqué ces dernières années. Il n’y a aucune continuité entre notre approche et l’ajustement sans fin actuel.
L’épine dorsale de notre programme économique et social est que les citoyens sont les acteurs de leur propre devenir. Faute de quoi, la liberté reconquise pourrait n’être qu’éphémère.
En proposant mon programme à vos suffrages, je veux être l’expression des courants qui croient dans les valeurs morales de liberté et de responsabilité de notre peuple et sont radicalement tendus vers une solution politique démocratique fondamentale et juste qui ramène la concorde, garantisse les libertés publiques et mette fin aux dérives suicidaires qui asphyxient les possibilités d’épanouissement de notre société.
Le mouvement que j’appelle doit être capable de rassembler les sensibilités politiques diverses, animées par une morale collective du progrès social et de la dignité humaine. Il doit réunir ceux qui refusent une culture économique parasitaire de rentes, de privilèges et d’accaparement et œuvrent pour ouvrir l’activité à l’initiative créatrice et productrice de richesses, d’échange équitable et de solidarité sociale.
M.HAMROUCHE
ALGER FEVRIER 1999

je trouve ce programme de hammrouche pour faire sortir le pays de la crise multidimensionnelle unprogramme adequat et je salue mr hammrouche pour sa franchise et pour son amour pour son pays c’est un vrai nationaliste et je le soutient et je lui souhaite bon courage